May 23, 2017


Qu’elle a été votre activité professionnelle avant de devenir sophrologue ?
J’ai été pendant plus de vingt ans consultante et formatrice et les missions qui m’étaient confiées m’ont permis d’approcher des environnements professionnels extrêmement variés à Paris comme en régions. Je concevais des modules de formation à partir de cahiers des charges de grandes et moyennes entreprises, de tous secteurs d’activité, et je formais leurs collaborateurs. Je suis également beaucoup intervenue dans le secteur bancaire. L’objectif d’un formateur, c’est la bonne transmission des nouveaux outils et méthodes proposés et leur appropriation adéquate. C’est ainsi que j’ai pu acquérir une expérience très riche en accompagnement des équipes lors de changements de pratiques et d’organisation, induisant des situations de communication et d’apprentissage difficiles.

Comment êtes-vous entrée en contact avec la sophrologie ?
Il y a 3 ans, le cabinet de consultants au sein duquel je travaillais s’est interrogé sur son avenir, et par ricochet, je me suis interrogée sur le mien. Si je devais éventuellement repenser ma carrière professionnelle, pourquoi ne pas réfléchir plus large et repenser mon métier ?
C’est à ce moment que j’ai cherché un point de convergence entre mon métier de formatrice et les différents outils et techniques de développement personnel que j’avais pu acquérir par ailleurs: programmation neuro-linguistique, process communication, yoga et méditation de pleine conscience… Et c’est ainsi que j’ai rencontré la sophrologie, qui rassemble et utilise tous les acquis importants de ces différents domaines, et que j’ai décidé de devenir sophrologue.

Comment vous êtes-vous formée à la sophrologie ?
J’ai cherché une formation qui soit compatible avec la poursuite de ma vie professionnelle, mais également une formation expérientielle, dans laquelle je puisse vivre les exercices et techniques que je m’apprêtais à transmettre.
J’ai rencontré Catherine Aliotta à l’Institut de Formation à la Sophrologie et j’ai tout de suite su que j’avais trouvé l’école que je cherchais. Je reconnaissais dans la formation qui m’était proposée les critères de qualité auxquels je me référais moi-même en tant que formatrice.
Pendant les six mois qui ont précédé le début des cours, j’ai pratiqué la sophrologie une heure par semaine en séances collectives, pour commencer à développer un vécu sophrologique personnel que je pourrai ainsi confronter aux enseignements de l’Institut.
Par la suite, durant le cursus lui-même, j’ai vécu une expérience extrêmement forte. La qualité des intervenants, tous sophrologues exerçant leur profession avec la même rigueur et exigence mais selon des tonalités très différentes en fonction de leur vécu respectif et de leur personnalité.
Par ailleurs, le groupe constituant ma promotion était très soudé et très soutenant. Très vite se sont installées dans ce groupe une dynamique et une synergie positives ainsi qu’une réelle bienveillance qui m’ont permis de comprendre ce qu’était la belle posture du sophrologue

Quelles sont pour vous les qualités essentielles pour faire un bon sophrologue ?
En tout premier lieu le respect : écouter sans jugement. Un sophrologue n’est pas un professeur de morale ni un directeur de conscience. Une autre qualité qui me semble importante est l’humilité. Savoir renoncer à l’interprétation, à l’évaluation, au diagnostic, à l’analyse. La solution n’est pas dans la tête du sophrologue mais dans celle de la personne qui vient le voir. En cela la sophrologie est vraiment une « maïeutique » et la référence à la philosophie socratique est justifiée. Bien sûr, le sophrologue propose des exercices et des sophronisations dans le cadre d’un protocole qui est le résultat d’une analyse de la demande qui est exprimée, mais il s’agit seulement de moyens et c’est dans la mesure où la personne s’exerce et s’approprie la proposition du sophrologue qu’il y a transformation en elle. Le sophrologue écoute et reformule ce qu’il entend pour aider celui ou celle qu’il accompagne à cheminer dans la connaissance de soi, de ses besoins et de ses ressources propres pour y répondre. La qualité d’écoute est donc une qualité essentielle, il me semble. Et l’adaptabilité, tout autant : s’autoriser à modifier le parcours prévu en cours de route si nécessaire!
Par ailleurs, choisir d’être sophrologue nécessite une personnalité empathique, comme tout métier de relation d’aide, ainsi qu’une grande clairvoyance sur ses motivations à exercer ce métier : ne rechercher ni consciemment ni inconsciemment aucun pouvoir sur l’autre, ni aucune reconnaissance en retour. L’exercice de la sophrologie n’a pas pour objectif de combler les manques ou de répondre aux besoins du sophrologue n’est-ce pas !

Vous intervenez depuis 2 ans à la Manufacture Chanson. Est-ce la structure qui a fait appel à vous ?
J’ai pris contact avec La Manufacture Chanson quand j’étais à la recherche de mon stage, lequel est obligatoire dans le cadre de la formation à l’IFS. La Manufacture Chanson est un centre de formation musicale dédié à tout ce qui est en lien avec la chanson : le travail de la voix, la maîtrise de la scène, l’écriture des textes et la composition de la musique. Les formations proposées vont de la pratique de loisir au coaching d’artistes déjà « dans les bacs » et pratiquant régulièrement la scène. J’ai proposé à Olenka Witjas, la Directrice pédagogique de ce centre, d’y animer deux ateliers, dans le cadre de deux cursus de formation différents.
Le premier atelier avait pour thème « développer la confiance en soi sur scène » et le second « développer les capacités utiles à un auteur compositeur interprète »
Suite à ce stage, La Manufacture a souhaité poursuivre ce partenariat et j’y anime désormais des master class de 4 heures et des ateliers récurrents de 2 heures plusieurs fois dans l’année.

Comment la sophrologie aide-t-elle les artistes à gérer leur trac ?
Dans ces ateliers, je propose les techniques d’identification des signes précurseurs du trac : repérage des sensations physiologiques et des émotions associées et l’apprentissage des exercices recommandés pour évacuer le stress.
Le trac chez un chanteur peut provoquer un enrouement, une extinction de voix, un bégaiement, et chez un musicien, selon l’instrument dont il joue, les mains humides, qui tremblent, autant de symptômes qui affectent la qualité de sa performance, ou la rend parfois impossible. Les exercices tiennent compte des problématiques de chacun.
Les séances permettent également aux participants d’expérimenter le lâcher-prise, de réactiver leurs ressources de confiance en eux en se remémorant leurs réussites passées et de renforcer cette confiance lors des mises en situation que sont les répétitions de leurs spectacles.

Vous les préparez à la scène. En quoi consiste cette préparation ?
Se préparer à la scène pour un artiste, c’est être capable de se visualiser dans toutes les phases de son spectacle : avant, pendant et après. S’imaginer avant le spectacle calme et concentré, se voir pendant le spectacle au meilleur de ses capacités dans sa prestation en y ajoutant la grâce et le charisme et entendre à la fin les applaudissements du public en éprouvant joie et fierté.
Nous travaillons donc beaucoup sur ces différentes phases à partir de la large palette d’outils proposés par la sophrologie : l’exercice de  «  marche avec les lions » pour entrer en scène, l’ancrage devant le micro, etc.

Avez-vous d’autres domaines d’intervention ?
Je reçois en consultations à mon cabinet dans le 3ème arrondissement de Paris. Les séances individuelles constituent l’essentiel et le cœur de mon activité. Ce sont les demandes formulées par les personnes venant me voir qui suscitent mes recherches, mes lectures, le travail si exigeant de thérapeute : se remettre toujours en question. Chaque personne est unique, sa demande ne ressemble à aucune autre demande et l’enjeu est important : cette personne souhaite dépasser telle ou telle difficulté, elle est en demande de « relation d’aide ».
J’anime également des cours collectifs en petits groupes 2 fois par semaine sur la thématique de la confiance en soi. J’y accueille des étudiants, des personnes à la recherche d’un emploi, des artistes, des managers.
J’interviens dans les entreprises dans lesquelles je propose des ateliers pour prévenir l’épuisement professionnel.
J’anime aussi un cours hebdomadaire de sophrologie dans un centre de bien-être sur la thématique de la relaxation et de la projection positive.
Bien que j’aie suivi à l’IFS des sessions de formation complémentaire dédiées aux troubles du sommeil et à l’accompagnement des adolescents, je ne souhaite pas me spécialiser dans tel ou tel champ d’application de la sophrologie. La diversité des demandes et des contextes fait partie de mon passé professionnel et je suis contente de pouvoir retrouver cette richesse dans ma pratique de sophrologue ; c’est pour moi une invitation permanente à la créativité.
J’ai donc beaucoup de projets et je passe beaucoup de temps à rencontrer des décideurs pour les convaincre de l’intérêt d’introduire la sophrologie dans leurs structures.

Pratiquez-vous la sophrologie pour vous-même ?
Bien sûr ! La sophrologie fait partie de mon hygiène de vie, tout comme le yoga et la méditation. J’ai recours à elle plusieurs fois dans la journée, pour me recentrer, me détendre. Pour moi la sophrologie est un savoir-être tout autant qu’un savoir-faire. Elle participe à mon équilibre. Et c’est probablement parce que cette pratique fait désormais partie de moi que je peux l’enseigner et la transmettre avec authenticité.

Comment envisagez-vous votre avenir de sophrologue ?
Avec beaucoup de plaisir et de sérénité. La sophrologie peut apporter plus de bien-être dans tellement de lieux et de contextes ! Ce que je souhaite et ce à quoi je tends c’est conserver parallèlement la pratique en séances individuelles à visée thérapeutique et la pratique en séances collectives dans différents organismes et entreprises. Ce sont deux démarches complémentaires selon moi. Le sophrologue qui travaille exclusivement en cabinet, même s’il dispose d’un bon soutien de supervision, peut être amené à se sentir seul, à oublier ses propres limites, face à des personnes qui sont en souffrance, et cela même s’il dispose d’une bonne aptitude à ne pas s’impliquer émotionnellement dans son travail. Pour moi, c’est important de rester en contact avec des groupes avec lesquels je vis un autre type d’alliance et des équipes professionnels avec lesquelles je définis des projets, des objectifs.
Ce métier est pour moi une source de développement et d’épanouissement continus ; il me donne l’opportunité si précieuse de pouvoir travailler et vivre en accord avec mes valeurs personnelles. J’espère donc pouvoir continuer de l’exercer aussi longtemps que possible !

Le site internet de Elisabeth Leman.

 

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