April 23, 2017

Parmi les pathologies qui ont tardé à se faire reconnaître sur le plan institutionnel, nous pouvons citer la Fibromyalgie. Pourtant, selon l’OMS, 2 à 6 % des personnes des pays industrialisés seraient touchées par cette maladie.

Cette maladie ne date évidemment pas d’hier et le nombre de cas signalés n’a cessé de croître durant ces dernières années. Pour autant,  sa reconnaissance est relativement récente : l’Organisation Mondiale de la Santé a reconnu la fibromyalgie en 1992. Le Parlement européen a, quant à lui, adopté une déclaration, fin 2008. Ainsi, derrière les douleurs, parfois invalidantes, se cachent  souvent le désemparement de certains malades, face à un entourage mal informé.

Le corps médical s’accorde aujourd’hui sur la nécessité de fixer des programmes pluridisciplinaires, dans la prise en charge de cette maladie. C’est ainsi que le Dr Patrick Sichère, rhumatologue, membre du collège national des médecins de la douleur, souligne en particulier l’intérêt de la sophrologie (Journal de la Santé, 10 mai 2007).

Mais en quoi la sophrologie peut-elle aider les personnes fibromyalgiques ?

Pour répondre à cette question, il convient de définir brièvement cette maladie.

Le terme fibromyalgie nous vient du latin :

  • « fibro » : les tissus (par extension, le tissu conjonctif, les tendons)
  • « myo » : les muscles
  • « algie » : la douleur

Il s’agit donc d’une maladie caractérisée par des douleurs chroniques des fibres musculaires ; ces douleurs étant elles-mêmes accompagnées d’un cortège de symptômes, comme des troubles du sommeil,  des maux de tête, des raideurs multiples etc.. On parle ainsi de syndrome fibromyalgique. Cette maladie touche 80 % de femmes et près de 3 millions de personnes en France.  Au regard de la médecine conventionnelle actuelle, il n’y a pas de signes objectifs (imagerie médicale, analyses biologiques) qui permettent de clairement l’identifier. Pour les médecins, il s’agit donc  d’un diagnostic par « élimination » fondé sur des signes subjectifs  : les douleurs.

Les récentes recherches font toutefois état de causes hormonales, de perturbations du système nerveux central et de fibres nerveuses distales, pouvant résulter d’un choc émotionnel, d’un traumatisme ou d’un stress durable, quel qu’il soit. Certaines personnes, plus anxieuses, stressées ou très actives, seraient par ailleurs plus sujettes à développer cette pathologie.

A travers cette rapide explication, nous pouvons entrevoir l’intérêt de la sophrologie, aussi bien à titre préventif (gestion du stress ou de l’anxiété, par exemple), qu’à titre « curatif », en complément des traitements médicaux.

1) A titre préventif

Nous ne nous attarderons pas outre mesure sur l’aspect préventif. En effet, la gestion de son stress et de ses émotions, le respect de quelques règles hygiéno-diététiques (ne pas manger trop salé, trop sucré…), pratiquer une activité physique, prendre  des moments d’intériorité, respecter ses cycles de sommeil… ne sont pas spécifiques des « bonnes pratiques » de prévention de la fibromyalgie, mais d’une multitude d’autres pathologies. Pour ne citer que le stress, on estime que celui-ci peut être à l’origine  de 50 à 70 % des maladies : hypertension artérielle, diabète, troubles anxieux, maladies fonctionnelles diverses. C’est dire l’enjeu de la prévention pour une multitude de maladies !

Rappelons  que la sophrologie constitue à la fois une thérapie, mais aussi une philosophe de vie (*). A titre préventif,  notre discipline constitue en l’espèce une démarche pédagogique voire philosophique de choix, à partager et à faire connaître,  afin de proposer des « schémas existentiels » au plus grand nombre d’individus. Il s’agit en fait de tendre vers une vie plus harmonieuse et plus équilibrée.  Si cela ne nous prémunit pas à coup sûr de l’ensemble des maladies, reconnaissons tout au moins que cela peut rendre notre vie plus agréable… en nous réinterrogeant et en nous donnant, de surcroît, un peu plus de sens !

(*) sophrologie = science de la conscience (sophro) ou sophrologie = science de la sagesse (sophia)

2) A titre thérapeutique 

Comme nous l’avons dit en préambule, la sophrologie est reconnue comme une discipline de choix, qui s’inscrit dans une prise en charge pluridisciplinaire de la  fibromyalgie.  Pour résumer, nous pourrions parler d’une triade autour de cette pathologie :

  • des douleurs musculaires et tendineuses, des maux de tête
  • des symptômes associés : troubles du sommeil, stress lié à la maladie, anxiété, perte d’intérêt, déficit en endorphines…
  • un risque d’isolement : toute maladie isole de façon plus ou moins significative. En l’occurrence, la personne fibromyalgique peut ne plus sortir autant, peut cesser totalement ou partiellement ses activités (sport, loisirs…), peut être contrainte dans son travail, peut craindre le regard des autres etc. L’isolement et le repli sur soi peuvent sembler particulièrement pernicieux, car ils contribuent à la composante anxiogène voire dépressive de la maladie.

Ces trois composantes sont interdépendantes : en négliger une, reviendrait à en renforcer une autre. Or, c’est justement là que la sophrologie peut intervenir !

Par les différentes techniques mises en oeuvre au cours d’une séance de sophrologie appliquée à la fibromyalgie, il s’agit concrètement :

  • d’identifier et d’isoler la douleur
  • de reconnaître le stress, les émotions et les réactions associées
  • de gérer la situation selon les réactions et non plus de façon « automatique »
  • de mettre  en œuvre des exercices de base, en toute autonomie
  • de se  se reconnecter au corps (et non pas ou plus à la maladie ! ).

Plusieurs techniques existent comme la sophronisation de base (SB), le SDN (sophro déplacement du négatif), la sophro susbstitution sensorielle (SSS = substituer une sensation désagréable voire douloureuse, par une sensation agréable), le renforcement positif, l’imagination active orientée etc.

Sur le plan strictement physiologique, par exemple, les exercices de sophrologie de base permettent, à eux seuls, d’induire un rythme cérébral alpha (signe d’une détente accrue). Il est par ailleurs reconnu que l’activité aérobie  (c’est-à-dire celle qui sollicite et  améliore la consommation d’oxygène par l’organisme) est très bénéfique sur la fibromyalgie. Or, les techniques respiratoires permettent justement une meilleure oxygénation, en ayant un impact important sur les tensions et les douleurs musculaires. En-dehors des effets physiques et psychologiques,  la pratique régulière permet de stimuler la production d’endorphines et de réguler certaines hormones. Les mouvements effectués lors des relaxations dynamiques contribuent également à un meilleur relâchement neuro-musculaire. Enfin, les séances statiques (durant lesquelles les personnes sont couchées, en parfait état de détente physique et psychique) permettent de se projeter positivement, en se « dé-focalisant » de leurs douleurs. Le renforcement de ces expériences positives vient également ancrer de nouveaux conditionnements.

Toutes ces techniques peuvent être complétées par un travail plus personnel, qui passe par l’écrit : la réalisation régulière d’un « débriefing négatif » (« faire passer en mots est autant d’enlever au vécu corporel ») ET la réalisation régulière d’un « débriefing positif » (« ouvrir sa conscience à tout ce qui va, à ce que j’ai réalisé, même si c’est minime »).

Pour ce type de pathologie,  la pratique en séances collectives semble vraiment profitable, car elle favorise les échanges entre participants et… la rupture des éventuels isolements dus à la maladie.


Auteur : Jean-Michel SCHLUPP, Sophrologue.

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