Acheter le bonheur ou en être conscient ?

  • sophrologie bonheur

L’adjectif « heureux » s’utilise avec le verbe « être ». C’est une évidence, un principe grammatical élémentaire. Et pourtant… lorsque nous voulons précisément être heureux, nous pensons pouvoir trouver le bonheur par l’acquisition, par la possessivité ; autrement dit, par « l’avoir ». Le bonheur serait donc un objet d’acquisition ?

Nous voilà face à une question délicate, qui renvoie naturellement au sens de l’Existence, à l’engagement de l’homme et à son bonheur. Plusieurs penseurs, plusieurs maîtres ont fait de l’alternative entre « être » ou « avoir » le thème central de leur système de pensée (ne citons que Bouddha, Lao Tseu ou Platon par exemple).

L’Humanité elle-même a plus de 2000 ans de réflexion sur le bonheur.  Certains théologiens, certains humanistes comme Maître Eckart, des philosophes comme Hegel ou, plus récemment encore, des « psys » comme Carl Gustav Jung ou Eric Fromm se sont penchés sur le sujet. Grâce aux apports de la psychologie sociale nous savons également que, plus une société accorde de l’importance à la possessivité, au pouvoir et à l’argent, plus elle génère des individus stressés, anxieux voire malheureux.

Ces différentes réflexions nous éclairent. En toute logique, nous devrions donc être lucides (du latin « lucidus » clair, brillant)… et heureux.

Et, pourtant, à en croire nos vies modernes, la question est loin d’être tranchée !

Eric Fromm écrivait justement à propos de nos modes d’existence « avoir » ou « être » :  « du choix que l’humanité fera entre ces deux modes dépend sa survie même. Car notre monde est de plus en plus dominé par la passion de l’avoir, concentré sur l’acquisition, la puissance matérielle, l’agressivité, alors que seul la sauverait le mode de l’être, fondé sur l’amour, sur l’accomplissement spirituel, le plaisir de partager des activités significatives et fécondes. Si l’homme ne prend pas conscience de la gravité de ce choix, il courra au devant d’un désastre psychologique et écologique sans précédent ».

Beaucoup de personnes vilipendent la société actuelle, son matérialisme parfois outrancier, son consumérisme, ses valeurs de pouvoir, d’argent, son égoïsme… Nous la condamnons volontiers, mais sauf exception, cela en reste  là ! Nous nous plaçons, en quelque sorte, en auteur – victime.

Si tel est le cas, cela reviendrait à dire que nous n’étions pas conscients du processus dans lequel nous avons été menés, alors même que :

le bonheur est un processus de conscience et rien d’autre.

La sophrologie est une « école de la conscience » (Dr Alfonso Caycedo) : nous pouvons donc aisément comprendre en quoi elle peut nous aider dans cette quête, non pas du bonheur, mais de nous-mêmes.

Nous vivons dans une société de remplissage. Le vide, le manque font peur. Notre existence toute entière, y compris dans notre langage, est basée sur le mode de l’avoir. A la question « qui suis-je ? », l’on répond quasi automatiquement par un prénom et un nom (que l’on possède !) puis par  « j’ai x années », j’ai une maison, une voiture, une femme/un mari, des enfants, un travail, un diplôme de… ». Il arrive même que certaines personnes se décrivent par un titre, un statut social, pire encore, par un montant !

Si je suis ce que j’ai et si ce que j’ai n’est plus, alors qui suis-je ? A priori, rien… du moins pour l’individu basé sur le mode « avoir » : une attitude de peur et de repli, essentiellement centrée sur la propriété et le profit,  sur des besoins personnels, sur la domination, sur la puissance et la conquête. En l’espèce, le processus n’est pas conscient : au mieux, il sera justifié ; au pire il sera nié.

La sophrologie nous apprend à fonctionner sur le mode de l’être. Comment ?

Tout d’abord, en nous ancrant dans la réalité présente. Il s’agit d’occuper pleinement l’instant présent, au lieu de se préoccuper d’un passé qui n’est plus ou d’un futur qui n’est pas encore. Or, le mode de l’être n’existe que dans « l’ici et le maintenant », alors que le mode de l’avoir n’existe que dans le temps, précisément dans le passé ou dans le futur.

Elle nous invite également à habiter notre corps et à sentir le mouvement vital qui est en nous. Le divorce entre le corps (qui exprime aussi nos émotions) et l’âme est très perturbant. La prise de conscience du corps nous permet justement de nous connaître, en observant nos émotions, nos sensations, nos tensions aussi. Ce passage par le corps nous permet de partir à la rencontre du Soi, dans son ensemble.

Elle nous incite, par un travail d’ouverture de la conscience, à davantage de fluidité face à la vie. Il s’agit d’un remodelage de nos fonctionnements, qui nous permet d’accueillir les circonstances de la vie, heureuses ou malheureuses, comme des éléments intermittents… qui vont et qui viennent (comme une inspiration et une expiration, alors que subsiste le processus même de respiration).

Des techniques complémentaires, comme l’utilisation de modèles, nous permettent de retrouver, au cours d’exercices de modélisation, des « héros de l’être ». C’est, par exemple, expérimenter les sensations ou les émotions au travers d’un héros de contes de fées, que nous admirions alors que nous étions enfant (notre conscience était alors dépourvue de « cuirasses »).  Souvent, les personnages, réels ou imaginaires, que nous admirons sont des « héros » qui ont eu le courage de quitter ce qu’ils ont, pour partir en quête d’eux-mêmes ou d’une cause, tout en supportant l’incertitude. Or, retranchés dans de pseudos sécurités, nous perdons souvent ce courage, au point de devenir, soit des individus avides, soit des individus passifs face à des idoles que nous ne faisons qu’admirer, sans agir.

Pour conclure, la sophrologie viendra renforcer mon sentiment d’identité. Ce sentiment d’identité restauré, je n’aurais plus besoin de le combler par des facteurs extérieurs. De plus, la démarche d’ouverture de la conscience sur moi-même et mon environnement, profondément responsabilisante,  permettra d’être lucide face à un éventuel sentiment d’insécurité.  Si dans le mode « avoir » l’insécurité est externe à moi-même (la perte, le manque, « se faire avoir »…),  dans le mode « être » en revanche, le sentiment d’insécurité sera intérieur à moi-même… donc contrôlable.

« Abandonne, abandonne tout ce que tu connais et ne te raccroche à rien. Car c’est ce rien qui t’éclaire et qui te soutient désormais »
 (extrait de « Méditer Jour après Jour » du Dr Christophe André)

 

Auteur : Jean-Michel SCHLUPP, Sophrologue.

2014-11-04T17:41:34+00:00 12/04/2013|Psycho|