Septembre : une histoire de sorties ou rentrée des consciences ?

Septembre, la rentrée des classes, le stress des parents, le trac des enfants, les achats, les embouteillages sur les routes ou dans les allées des supermarchés ou encore les frénésies autour de tel vêtement flanqué d’une marque ou tel produit incontournable, vanté par la « pub ». A l’aube de ce mois de septembre, le terme « rentrée » m’interpelle plus que jamais.

Un enfant me pousse à réfléchir

Récemment, une petite fille de 10 ans, reçue en consultation de sophrologie, me demanda pourquoi l’on parle de rentrée, alors que nous n’arrêtons pas de sortir durant cette période. Me voilà bien ennuyé pour lui répondre, dans ma logique implacable d’adulte ! C’est vrai : nous sortons de vacances, nous sortons faire les courses, nous sortons (parfois) de notre calme jusqu’à sortir de nos gonds, les enfants sortent du cadre familial…
Tel le loup déguisé en grand-mère face à un Chaperon Rouge apeuré, j’aurais pu lui rétorquer : « si nous sortons, ma petite, c’est pour mieux rentrer »… mais non, je me suis résolu à ne donner aucune explication, mais à réfléchir un instant, en « digne » représentant de l’impitoyable monde des adultes !

Le regard du sophrologue

La rentrée implique certes une reprise, une extériorité, des actes volontaires, des sorties, des déplacements. Toutefois, cette extériorité nécessite préalablement une « préparation » ou, pour être plus précis, une intériorité. La relation au monde, aux autres, à l’environnement se construit avant tout de l’intérieur.

Or, et c’est bien là le problème, nous sommes sans cesse arrachés à nous-mêmes ; non contents d’être arrachés de façon chronique, nous récidivons dans des phases aiguës : la rentrée, puis Halloween, puis Noël, etc. Pour nous rassurer, nous disons volontiers « mais c’est pour le bien de nos enfants » ou « tout le monde le fait, alors pourquoi pas moi ? » ou « c’est pour se faire plaisir, c’est déjà suffisamment dur comme ça ». L’esprit adulte est créatif quand il s’agit de développer des arguments pour justifier ses faiblesses voire sa turpitude.

Pire encore, dans notre récidive, nous imposons des schémas, des attitudes personnelles ou des comportements inadaptés à nos enfants. Désormais, toutes les études convergent sur le fait que notre modèle sociétal n’est pas de nature à générer des émotions positives… donc du bonheur ; bien au contraire, ce modèle est anxiogène et suscite notamment stress, hyperactivité, comportements addictifs, (ex : les achats, la mode, le tabagisme dès le collège…), pertes de repères ou de valeurs (critiques sur la taille du téléphone de la copine, le vêtement de sport sans marque etc). Ainsi, selon des études menées en psychologie positive, le fait de posséder un objet convoité (ex : le smartphone dernier cri, la trousse estampillée d’une marque…) accroît le sentiment de bonheur de façon très temporaire et, de l’ordre de 2 %.(*) En revanche, le fait d’œuvrer pour une cause humanitaire accroît, par exemple, le sentiment de satisfaction de vie de près de 40 %… tout en contribuant à réduire notre stress.(*) Je n’évoque même pas l’impact écologique de l’objet convoité, fabriqué à l’autre bout du monde. Par ailleurs, et sauf erreur de ma part, aucune étude n’a, à ce jour, été réalisée pour mesurer le sentiment de bonheur résultant de l’achat d’un objet contrefait ! (humour…)

La rentrée de la prise de conscience

Le portrait peut paraître sombre. Pourtant, il y a toutes les raisons d’être optimiste et d’espérer :
Le mot même « rentrée » évoque le fait de « pénétrer » (du latin « intrare ») : autrement dit de découvrir, de percer, de toucher… Pourquoi donc ne pas percer notre conscience, toucher nos conditionnements et découvrir en nous des moyens bien plus valorisants pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour notre environnement que ceux auxquels nous sommes soumis ?

« Tu n’y verras clair qu’en regardant en toi. Qui regarde l’extérieur, rêve. Qui regarde en lui-même s’éveille » – Carl Gustave Jung 

  • Tout d’abord, soyez à l’écoute de vous-même (pas des slogans publicitaires, de son petit confort ou de son petit égo !), afin de favoriser votre propre conscience émotionnelle. Vous pouvez par exemple notez vos changements d’humeur ou de comportements, en repérant les croyances ainsi que les éventuelles conséquences sur vous-même et sur votre enfant. Identifiez ensuite les avantages de cette prise de conscience, sans céder aux croyances ou aux comportements (exemples : certains achats, certaines paroles, certaines attitudes…).
  • Développez votre sentiment de satisfaction : par des activités relaxantes effectuées personnellement et régulièrement ou des exercices de pleine conscience. En l’espèce, le sentiment de satisfaction doit être différencié des sensations agréables (ex : massage, bon repas, addictions…) car celles-ci ne permettent pas d’engranger des ressources personnelles durables.
  • Formulez des buts. Considérez une situation précise, même au demeurant minime, comme un objectif à atteindre. Pour ce faire, divisez vos buts en sous-buts. Envisagez les obstacles éventuels comme une opportunité (exemple : activer de nouvelles ressources personnelles) et remarquez toutes vos réalisations.
  • Développez vos états de « bien-être » : autrement dit, passez des activités automatiques (télévision, mail, SMS, habitudes, activités de « mode »…) à des activités gratifiantes, qui mettent à l’épreuve vos compétences et vos capacités de transformation. Pour ce faire, identifiez des activités susceptibles de générer cet état, mettez-vous à l’œuvre et augmentez graduellement la difficulté ou la complexité de ces activités. En parallèle,il est impératif de réduire les activités automatiques (exemple : n’allumez la télévision que 3x/semaine… ou moins, s’il s’agit d’entendre le lot de mauvaises nouvelles). L’activité automatique pourrait également consister à acheter sans réfléchir un vêtement de marque… alors que l’activité gratifiante pourrait consister à œuvrer quelques heures dans une association de création de vêtements éthiques ou… à confectionner un vêtement. La démarche est certes plus fastidieuse, en apparence du moins, mais tellement plus bénéfique et enrichissante à long terme !
  • Débarrassez-vous des penchants temporels : revenez à l’instant présent et passez de l’urgence à l’importance.
  • Partagez ces règles avec vos enfants et vos proches, en les aidant dans ce sens.

En résumé, ce dernier trimestre devrait donc s’articuler autour de 3 principes de base :

  1. l’assiduité : prendre, ne serait-ce, que 10 minutes par jour pour faire, a minima, quelques exercices de respiration et prendre un temps d’intériorité ou de réflexion. Les techniques de base de la sophrologie constituent des réponses particulièrement appropriées.
  2. la responsabilité et la cohérence : se demander constamment si l’action que vous entreprenez à un moment donné (exemple : interrompre ou ne plus écouter une conversation pour envoyer un sms… qui peut attendre !) vient servir vos buts et vos valeurs profondes qui vous animent.
  3. l’intégration : Il s’agit d’intégrer tous les phénomènes positifs qui s’offrent à vous, tant sur le plan psychique (conscience) que corporel. Inculquez ces principes à vos enfants : ils vous en seront certainement reconnaissants.

(*) Dr Ilona Boniwell – « Introduction à la psychologie positive » – Ed. Payot

Auteur : Jean-Michel SCHLUPP, Sophrologue.

2014-12-11T14:41:04+00:00 28/08/2014|Psycho|